Thierry Hioco

1943 - 2009
Livre de Condoléances de Thierry HIOCO
Album photo

Un artiste est parti.
Un ami nous a quittés le jour de Noël.
Son coeur, si grand qu'il en avait toujours assez pour donner large part à tous ceux qu'il côtoyait, n'a plus trouvé les ressources nécessaires pour lui donner cette énergie qui rayonnait pour nous tous.

Car là est résumé notre ami Thierry : tellement tourné vers les autres qu'il en oubliait de s'occuper de lui-même.

Quelqu'un se souvient-il d'un visage sévère, dépourvu du sourire constant qui faisait pétiller son regard ? Uniquement ceux qui l'ont admiré ou ont partagé avec lui les planches, lorsqu'il avait un rôle qui le demandait. Et soudain, on découvrait avec surprise un Thierry qui s'emporte ! Ah ! Mémorable M. Matutchek (La boutique au coin de la rue) !  Mémorable Castel-Bénac (Topaze) !  Mémorable Léon (L'Atelier) !

Mais il gardait ce talent pour la scène. À la ville, il gardait l'oeil espiègle du petit garçon. Toujours joyeux, toujours enthousiaste, toujours émerveillé jusqu'à l'indulgence dont il témoignait quand il s'agissait de "juger" la performance d'autrui.  Thierry dans un jury, c'était la garantie d'une parole gentille, d'un plaidoyer amical. Il fit partie du jury des concours bruxellois et brabançon, il allait rejoindre celui du Concours National si sa santé ne l'avait interrompu dans l'élan.

Fana de théâtre ! Il eût aimé en faire sa profession, et souvent il évoquait avec fierté les acteurs connus à qui il fit la réplique à ses débuts. Qu'à cela ne tienne, en parallèle à sa carrière de directeur à la Société royale Saint-Hubert, il ne cessa de donner de sa personne sur et autour des planches, cette fois en amateur. Les Trouvères trouvèrent (!) en lui une recrue de poids. Par la suite, quand il redirigea sa carrière, ce fut tout naturellement dans le don de soi et le théâtre : il s'occupait de jeunes handicapés, entre autres, en produisant avec eux des spectacles.

Il fit profiter d'autres troupes de son talent : Athalie, l'ATPCSM, Permis de Rêver, j'en oublie sans doute...  Quelques mises en scène aussi, aux Trouvères et ailleurs. Il mettait en scène comme il jouait : une grande culture théâtrale, un instinct du jeu de scène... mais une superbe ignorance des détails d'intendance. "Mon Dieu ! Si le sens y est, pourquoi chercher à dire les mots exacts ?"  J'ai connu plusieurs comédiens qui redoutaient, pour ça, de jouer face à Thierry - je n'ai jamais compris pourquoi. Pour ma part, devant lui j'étais rassuré, rien ne pouvait nous arriver. Certains affirment qu'il y va du respect de son partenaire de bien connaître son texte. D'avoir connu Thierry, je sais qu'il n'en est rien : on pouvait compter sur lui, il avait le plus grand respect de vous comme du public, jamais vous ne craigniez qu'il vous laisse tomber. Il maîtrisait ce qui compte : dans l'ordre, le Personnage, l'Intention, la Situation, le Verbe. S'il inventait, c'était toujours totalement dans le personnage, dans le ton, dans la situation. Aussi, il était facile à suivre. C'était même un supplément de plaisir de jeu, une complicité en plus. Je crois savoir que plus d'un, parmi les plus grands professionnels dont on relate le souvenir, procédaient de la même façon. Belle compagnie !  Merci, Thierry, pour ces moments de bonheur improvisés.

Cette complicité, j'ai eu la chance de la partager en dehors des planches également. Il avait une touche réjouissante d'humour anglais, juste ce qu'il faut, mâtiné de zwanze bruxelloise.  C'est un plaisir trop rare, dans le théâtre amateur, de fréquenter quelqu'un qui connaît ses classiques, qui a lu et vu de nombreuses pièces. À lui qui avait tendance à tout aimer, j'avais plaisir à tenter de montrer pourquoi tel acteur avait failli, pourquoi tel auteur était moins admirable, ou comment on peut prouver que Corneille a écrit les "grandes" pièces de Molière. Pas moyen de se disputer avec cet homme-là !  Nos conversations aussi me manqueront, Thierry.

Comme ton fauteuil renforcé était toujours prêt à t'accueillir à la maison, il y aura toujours une place au chaud dans mon souvenir, où tu viens quand tu veux faire un petit coucou et me rappeler les belles leçons de vie que j'ai reçues de toi.
Adieu l'artiste !

Marc Léotard
Administrateur à la FNCD


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